Un orchestre de voix

Gravité et jeu. Tradition et innovation. Calme et crescendo. Orphei Drängar (les « serfs d’Orphée », ou simplement « OD ») est un chœur qui oscille constamment entre les extrêmes et qui sans cesse repousse les limites de ce qu’un chœur d’hommes peut et devrait faire.

PHOTO: MATS BÄCKER

Depuis sa création en 1853, le chœur a étendu la portée de toutes ses activités : du répertoire aux formes de concerts, en passant par le choix des lieux de concerts. Les tournées en Suède font parfois place à des destinations plus lointaines, en Asie, aux Etats-Unis, au Canada, ou en Europe. Les concerts à l’Albert Hall de Londres, au Lincoln Center de New York et au Symphony Hall d’Osaka alternent avec des performances dans des carrières ou des usines de papier. Des artistes suédois de premier rang comme Martin Stenmarck et Ulla Skoog y côtoient des vedettes internationales comme Malena Ernman, Peter Mattei et Anne Sofie von Otter. Les chants traditionnels et romantiques sont entrecoupés de jazz, de musique atonale de commande, de musique lyrique ou de riverdance.

Mais quoiqu’OD chante, les sonorités sont les mêmes. Le son propre à OD, un mélange unique de voix jeunes et légères et de voix plus âgées et plus mûres est le résultat d’un long et minutieux travail de développement de cet instrument spécial qu’est le chœur d’hommes. La tradition est là pour servir de tremplin. Ensuite, tout peut arriver.

 

 

« Je veux chérir la tradition, développer le son et élargir le répertoire. Et surprendre notre public »

Cecilia Rydinger Alin est l’une des personnalités de pointe du monde musical suédois, qui un champ d’activités large comme cheffe d’orchestre et de chœur et comme pédagogue, ainsi qu’en tant que rectrice du Collège Royal de Musique.

PHOTO: STEWEN QUIGLEY

OD symbolise une tradition riche et une haute qualité. Cecilia Rydinger Alin veut préserver cet héritage, tout en travaillant continuellement à trouver de nouvelles possibilités de développement pour le chœur.

« Je veux préserver et chérir la musique pour chœur d’homme qui existe déjà, ainsi que les riches sonorités qui sont un acquis de longue date dans le chœur. Les possibilités de produire des nuances extrêmement douces ou très fortes, combinées à une sonorité dense et intense ne se trouvent autrement que dans les grands orchestres symphoniques. OD est sans doute un des meilleurs chœurs d’homme à travers monde, et travailler avec lui est source d’une grande inspiration ».

Le défi est de s’appuyer sur la tradition et de toujours mettre la qualité en premier plan, tout en trouvant de nouvelles formes d’expression et de concerts.

« On peut réaliser cela à travers des collaboration avec des artistes et musiciens venant aussi d’autres domaines de la vie musicale. En se produisant dans des endroits inhabituels. Et en osant faire des choses nouvelles : en investissant largement dans des commandes de musique nouvelle, en essayant d’autres formes de concert et en surprenant notre public – et en trouvant ainsi de nouveaux spectateurs ».

 

CECILIA RYDINGER ALIN EN BREF

Depuis 2008, Cecilia Rydinger Alin dirige OD, avec lequel elle se produit de façon extensive, autant en Suède qu’à l’étranger. Elle réalise de façon régulière des enregistrements avec OD, conduit des premières mondiales et collabore avec des artistes de différents horizons musicaux.

Elle est également rectrice du Collège Royal de Musique à Stockholm, après y avoir exercé en tant que professeure de direction d’orchestre. Elle est membre de l’Académie Royale de Musique depuis 2004.

 

Direction de chœur:

Cecilia Rydinger Alin a été cheffe de chœur et directrice musicale d’Allmänna Sången, le plus ancien chœur d’Uppsala (Suède), de 1988 à 2009. Durant cette période, en plus des nombreux concerts et tournées, le chœur a réalisé plusieurs enregistrements pour le compte de la maison de production BIS, et a récolté plusieurs succès lors de compétitions internationales.

Cecilia Rydinger Alin participe aussi souvent à des compétitions chorales internationales en tant que membre du jury, et à des master classes en direction chorale.

 

Direction d’orchestre:
Entre 1994 et 1998, Cecilia Rydinger Alin a dirigé le Wermland Opera, et a attiré l’attention avec des mise en scène originales d’opéras de Wagner – Le Vaisseau fantôme, La Walkyrie ainsi que Tristan et Isolde.

Prix et distinctions:

  • En 1999, Cecilia Rydinger Alin reçoit la médaille Johannes Norrby pour son soutien à la vie chorale suédoise, et en 2001 la bourse Sten Frykbergs, décernée par l’Académie Royale de Musique.
  • En 2005, Sa Majesté Carl XVI Gustav lui remet la médaille Litteris et Artibus pour sa contribution aux arts musicaux.
  • En 2009, elle est nommée Cheffe de chœur de l’année.
  • En 2011, elle reçoit le prix culturel de la région de Dalécarlie et, la même année, est nommée citoyenne d’honneur de la région Uppland par le président de région.

 

 

D’un passe-temps à un chœur d’hommes moderne

La société chorale Orphei Drängar a été constituée le 30 octobre 1853 à l’étage des fêtes du restaurant Österberg, près de la place Gamla torget à Uppsala. La ville est alors coupée du monde à cause du risque d’épidémie de choléra et les distractions sont rares. Le premier ténor Jonas Widén réunit trois chanteurs, un chef de chœur – Oscar Arpi, chef de Allmänna sången, le grand chœur d’Uppsala du moment – un pianiste et, juste au cas où, un spectateur.

On entonne entre autres la chanson no 14 de Carl Michael Bellman, « Hör, I Orphei Drängar » (« Ecoutez, Ô serfs d’Orphée »), qui deviendra rapidement l’hymne du chœur. Le but est avant tout de se distraire. Mais après six mois d’existence, quand le directeur musical de l’Université d’Uppsala, J. A. Josephson reprend le podium, le niveau d’ambition augmente.

Le premier concert d’OD en nom propre a lieu en 1864. OD est maintenant un chœur d’élite, qui se produit aussi à Stockholm et à Göteborg. Le premier concert de printemps est donné le 13 avril 1870. Le successeur de Josephson, Ivar Eggert Hedenblad, publie dans les années 1880 un corpus de chansons étudiantes (« Studentsången »). L’œuvre a une importance particulière pour toute la tradition de chœurs d’hommes en Suède. OD prend son essor et entre en concurrence avec les chœurs les plus renommés de Suède et au-delà. En 1891, le chœur fait sa première grande tournée en Suède, et visitera Copenhague et Hambourg l’année suivante. Sous la direction d’Hedenblad, le chœur se produira entre autres devant le tsar de Russie et l’empereur d’Allemagne.

Le premier disque phonographique d’OD sera enregistré en 1907, lors d’une tournée londonienne. Le matériel enregistré par OD entre les années 1907 et 1950 est disponible dans l’album « OD antiqua ».

 

HUGO ALFVÉN

Hedenblad est remplacé en 1910 par Hugo Alfvén, qui, la même année, a entendu OD lors de leur tournée en Småland : « Le son du chœur est exceptionnel, frais et sonore, mais le programme était au rabais – que de vieilles rengaines. Avec un tel instrument, on devrait pouvoir faire de la plus belle musique ». Alfvén s’attelle à améliorer encore le son du chœur, à étendre et renouveler le répertoire et à développer le chœur en un instrument, un « orchestre de voix ». En tant qu’arrangeur et compositeur, Alfvén contribue lui-même à accroître le répertoire d’OD.

Avec Hugo Alfvén à la baguette, OD s’assure une position de premier rang dans le paysage choral en Suède et définit le standard en matière de chœur d’hommes – en dépit de la concurrence féroce d’Allmänna sången à Uppsala, des chœurs d’étudiants de Lund et de Stockholm, et du chœur de l’UCJG.

Pendant l’entre-deux guerres, OD voyage à Paris, Amsterdam et Barcelone. La qualité du chœur varie d’année en année, de la même façon que l’engagement de son chef. Mais OD revient toujours.

 

« Le miracle choral suédois »

En 1947, Carl Godin reprend la direction du chœur et renouvelle le répertoire, en y ajoutant entre autres des pièces sacrées. A cette époque, Allmänna sången est à son apogée. Beaucoup de membres d’OD chantent également dans le chœur rival.

Après des débats épuisants, le contrat de Godin n’est pas renouvelé en 1951, et Eric Ericson se voit offrir le poste de chef de chœur. Sous son impulsion, OD se reconstruit, et devient part intégrante du « miracle choral suédois ». Eric Ericson améliore systématiquement les prestations techniques du chœur et étend son répertoire. Sa renommée grandissante à l’étranger fraye la voie de la carrière internationale d’OD. En 1966 et 1967, le chœur gagne le concours choral de la BBC et la tournée aux Etats-Unis de 1970, qui durera sept semaines, a une influence décisive pour le développement du chœur. La fréquence des répétitions et des concerts augmente les niveaux de compétence et d’ambition du chœur.

ERIC ERICSON

En 1962, OD introduit son « Caprice », un concept de concerts qui attire un public nombreux, et en 1970 la « Serenad », une soirée entre art lyrique et musique, au début du mois de juin.

Une meilleure perspective économique permet à OD de financer des voyages d’étude. Robert Sund, alors chef de chœur adjoint, parcourt dans les années 70 l’Europe de l’Est, et en parcourant archives, bibliothèques et boutiques d’antiquité, met au jour des trésors musicaux, entre autres des pièces de Suchon, Kodály et Tormis. Le chœur a aussi l’opportunité de commander des œuvres pour chœur d’homme à des compositeurs suédois.

En 1991, Robert Sund succède à Eric Ericson. Dans la continuité d’Hugo Alfvén, il prodigue au chœur ses propres compositions et arrangements. Une de ses œuvres les plus remarquables est « Resan till Nineve » (Le voyage à Ninive), écrit en 1995, un oratorio destiné à être joué dans les grandes cathédrales. L’oratorio est typique de l’effort constant d’OD à chercher de nouveaux lieux, de nouvelles combinaisons et de nouveaux partenaires et à varier ses expressions musicales. Un autre projet est Œdipe-Roi de Stravinsky, en collaboration avec l’orchestre symphonique et le chœur de la Radio suédoise, sous la direction d’Esa-Pekka Salonen, qui sera donné en 1991 puis en 2009.

En 2008, un nouveau chapitre s’ouvre dans l’histoire d’OD, lorsque Cecilia Rydinger Alin succède à Eric Ericson à la direction d’OD.